
Dans la tempête
Quand les flots se mirent à tout recouvrir, le moins qu’on pût dire, c’est qu’Hector Testempic avait tout prévu. Son vaisseau était fin prêt. Et quand les jours ne furent plus que pluie sans répit, les fossettes de son sourire se remplirent de pensées revanchardes.
Ah, ça, ils s’étaient bien moqués de lui quand il leur avait dit qu’un jour il tomberait tant et tant d’eau que Roubaix entière serait recouverte !
« Il faudrait déjà que le niveau de la mer monte jusqu’ici », lui avaient-ils rétorqué ! »
[Et il était monté jusqu’à Roubaix. Et ce fut rapide. La mer passa par le canal de la Deûle et de l’Aa et se glissa comme un serpent jusqu’aux premiers bourgs de la ville. Bondues, Linselles et de nombreux autres villages furent immédiatement recouverts,. Les maisons disparurent progressivement sous un bain d’eau, de boue et de branchages, dans lequel surnageaient quelques bovins et gallinacés qui étaient tout autant surpris que leurs maîtres.]
Eh bien, il était monté ! Jusqu’à Roubaix. Et vite, encore. La mer était passée par le canal de la Deûle et de l’Aa, glissant comme un serpent et comme il l’avait prévu jusqu’aux villes alentours : Bondues, Linselles… immédiatement recouvertes ! Ça n’avait pas trainé. Les maisons avaient disparu sous un bain d’eau, de boue, de branchages, et de débris de toutes sortes.
On évacua. On avait alors évacué.
Ah ben oui, c’était beau. Toute cette humanité incrédule en longue file depuis Lille, Roubaix, Tourcoing, en direction de l’est. Les routes avaient été aussitôt encombrées et les altercations s’étaient multipliées.
Hector, lui, était resté chez lui. Il regardait tranquillement le torrent de vagues envahir les rues de Roubaix. C’était presque beau. La place du Trichon, où se dressait son immeuble, disparaissait peu à peu sous une masse grise et opaque pleine de déchets, voitures, débris, nageurs malgré-eux, chiens, chats qui essayaient de se réfugier sur les toits. Allez, nagez, maintenant ! C’est le jour du grand nettoyage ! Le sourire vainqueur d’Hector ne faiblissait pas.
Quand la masse des flots toucha le bas des premières fenêtres, il actionna un levier et . Aussitôt son immeuble se détacha du sol, trois mats se dressèrent instantanément du toit, un gouvernail apparut. Dans les premiers étages, un immense ballon se remplit de gaz et se gonfla, et la densité de l’immeuble se fit plus faible que celle de l’eau. Peu à peu, son engin prit la vague et il le dirigea d’une main ferme. On y était ! Cap vers des cieux plus cléments !